Les tartines de confiture de Marseille

L’unité d’habitation, Marseille.

En juillet 2019, Stuart House, la dernière tour d’habitation à Cumbernauld, était finalement démoli. C’était la dernière de douze qui dominaient la nouvelle ville depuis leurs construction dans les années soixantes. Désormais, leurs contours ne domineront pas le ciel, et pour les automobilistes passant sur l’autoroute, la ville sera presque complètement cachée par les forêts qui l’entourent. La municipalité, North Lanarkshire, a décidé à faire tomber tous les tours de Cumbernauld, Airdrie, Coatbridge et Motherwell, en fait, toute la banlieue très cossue qui se situe à l’est de Glasgow.

Red Road Flats, Glasgow, démolis 2015

Et Glasgow, elle même, la ville la plus connue pour ses tours, la ville de tours en béton par excellence, meme içi les tours tombent sur le sol. Par la fin des années soixante-dix, Glasgow a construit plus de 400 tours d’habitations, toujours en béton, toujours en grise, et toujours en petites grappes, situés sur des terres arides urbaines.

Incroyable mais vrai, dans les années 40, les pères de la ville ont décidés pour raser complètement la ville, tous les immeubles, et les remplacer par des tours, des centaines et des milliers de tours. C’était juste après la deuxième guerre mondiale, et le Labour Party avait balayé la planche, ils ont obtenu la totalité des sièges. La démocratie, locale et nationale, était remplacé par un seul État partie. Et le parti travailliste a décidé que tout le monde, qu’ils le veuillent ou non, habiterais dans un tour de béton.

Et pourquoi? Bon ben, parce que, plus que 1500km vers le sud, à Marseille, dans la banlieue est de cette ville qui se trouve au bord de la Méditerranée, entre 1945 -1952, a été construit un nouveau type de bâtiment: l’unité d’habitation. Conçu par célèbre l’architecte Franco-Suisse, Le Corbusier, il est considéré souvent comme le bâtiment qui a inspiré le style architectural qui était baptisé, sans aucune ironie, sous le nom du brutalisme.

Ce bâtiment de 12 étages compte 337 apartments, séparés par des rues intérieures, le tout posé sur pilotis. L’edifice abrite aussi des boutiques, des équipements sportifs, médicaux et scolaires, ainsi qu’un petit hôtel. Et tout ça se termine avec le toit, qui est conçu comme une terrasse commune, avec une piste d’athlétisme et un bassin pour les enfants. Le bâtiment est placé dans un parc matur, qui comprend des courts de tennis et des balançoires, encore, j’imagine, pour les enfants, mais qui sait…. Et tout est propre, tiré à quatre épingles, et maintenu on bon état, grâce au type de la maintenance, et surveillé attentivement, grâce à la nana concierge. C’est un vrai paradis du logement français.

Et évidemment, dans le parti travailliste de Glasgow, dans les années cinquante, il y avait un fan du Corbusier, parce que, c’était à cette époque que la mairie ont embarqué sur le plus grand programme de construction résidentielle en Europe occidentale. Ce n’était pas vraiment nécéssaire pour concevoir et construire, selon les besoins des locataires ou selon le contexte de chaque site. Non, c’était suffisant de copier le modèle fourni par le Maître. Mais, également évidente, ce n’etait pas suffisant pour reproduire toutes les merveilleuses installations.

Et alors, ils étaient construits, en béton (un matériau de construction inadapté au climat écossais), en gris (juste pour renforcer la saleté du climat), et sans aucune commodité (ni dans les tours, ni à proximité). Et finalement, la concierge, rigoreuse mais amicale aussi, et alors, juste pour renforcer le sentiment d’isolement, on a décidé de ne pas s’en encombrer.

Peu après les premiers residents s’étaient installés, les premiers plaintes ont commencé. Parce que, l’humidité, la vandalisme et la petite délinquance ont commencé. Surtout, parce que, comme une chanson drôle qui était très bien connu insistait, “On peut pas jeter une tartine de confiture d’un appartement au vingtième étage!” C’était une tradition très appréciée, pour les mères de jeter les tartines aux enfants de la fenêtre des immeubles traditionnels, maintenant démolis. Malheureusement, on ne pourrait rien faire, d’un appartement de vingt étages, à part regarder par la fenetre et regarder en arriere sur une vie passée, lorsque tous les magasins, les cafés et les pubs étaient à côté, pas au-delà de l’horizon.

Finalement, les tours étaient démolis parce que personne ne voulait y vivre. Et au fils des ans, les pénuries de logements de l’après-guerre ont diminué, et de plus et plus de Glaswegians pourrait enfin choisir leur maison, comme locataires ou propriétaires occupants, Personne a choisi les tours gris, en ce temps-là, on était alloué selon le principe, ce sera ça ou rien. Cinquante ans plus tard, personne ne voulait rester, et totalement déserté, ils étaient complètement effacée.

Pendant ce temps, de retour à Marseille, l’unité d’habitation reste toujours debout, et plein de vie. Plein de gens aussi, et avec une longue liste d’attente de locataires potentiels. Et avec une concierge et un jardinier aussi. Certains des panneaux de béton sont teintés maintenant, dans des couleurs vives, comme rouge, bleu et jaune. Convenablement, puisque maintenant les façades du bâtiment ressemblent un tableau de Mondrian, l’artiste Hollandais qui était, à côté du Corbusier, l’un des géants du Modernisme.

Entretemps, les géants de Glasgow sont disparus, complètement gommés, mais la conscience collective de la chicane politique qui ont encouragé leur construction reste dans la mémoire et dans l’esprit des habitants de Glasgow. Et finalement, en mai 2017, après presque un siècle au pouvoir à la mairie, le Labour Party ont perdu la majorité, et ont été balayés du pouvoir, remplacés par une administration SNP. Finalement.

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